2026 : vers une nouvelle ère dans la freination de la myopie

La myopie, véritable enjeu de santé publique à l’échelle mondiale, entraîne des répercussions à la fois individuelles et sociétales. L’objectif actuel est de dépister les enfants le plus précocement possible, afin de mettre en place des stratégies de freination dont l’efficacité et la sécurité ne cessent de progresser.

Un sujet largement discuté lors des congrès d’ophtalmologie 2026. Le point avec le Pr Arnaud Sauer, PU-PH aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

La myopie est un problème de santé publique mondial et figure parmi les cinq affections oculaires identifiées comme prioritaires par l’Initiative mondiale pour l’élimination de la cécité évitable de l’Organisation mondiale de la Santé (1). Elle touche actuellement environ un quart de la population dans le monde et pourrait concerner près de la moitié de la population mondiale d’ici 2050, avec 10 % qui présenteraient une myopie forte (définie comme une réfraction de -5 dioptries) (2). « En France, l’épidémiologie de la myopie est désormais relativement stable. Après avoir craint une évolution similaire à celle observée en Asie, où près de 80 % de la population est myope, les données montrent finalement un plateau autour de 40 % à 45 %, selon les régions et selon que l’environnement est urbain ou rural », souligne le Pr Sauer.

Le développement et la progression de la myopie chez l’enfant sont influencés par plusieurs facteurs, notamment l’intensité et la durée de la scolarité, l’intensité des activités en vision de près et le temps quotidien passé à la lumière naturelle (2, 3). L’hérédité est également décisive, le risque de myopie est ainsi multiplié par deux lorsqu’un seul parent est myope et par trois à huit lorsque les deux parents le sont (3).

Une fois installée, la myopie, et plus encore la myopie forte, augmente significativement le risque de développer des complications telles que la cataracte, le glaucome, le décollement de rétine ou encore la maculopathie myopique, pouvant conduire à une perte de vision irréversible, voire à la cécité (2). Au-delà de l’impact individuel, la myopie non corrigée représente également un enjeu sociétal majeur : la perte de productivité mondiale qui lui est attribuée est estimée à 244 milliards de dollars par an, illustrant l’ampleur de son fardeau économique (4). « Aujourd’hui, l’enjeu majeur est de dépister les jeunes myopes le plus tôt possible, afin de freiner la progression de leur myopie, c’est-à-dire l’allongement de leur œil, responsable des complications évoquées précédemment », précise l’ophtalmologiste.

Au-delà des mesures environnementales – augmenter l’exposition à la lumière naturelle, maintenir une distance de plus de 30 cm lors des activités de près, ou encore porter le regard au loin toutes les vingt minutes en cas de travail prolongé en vision rapprochée (5) – « plusieurs interventions, qu’elles soient optiques ou médicamenteuses, ont également connu des avancées significatives », ajoute le Pr Sauer.

_ Les verres freinateurs : ils reposent sur le principe de la défocalisation rétinienne myopique périphérique, utilisée pour contrôler la progression de la myopie (6). « Parmi ces verres, les technologies HAL (Highly Aspherical Lenslet) et DIMS (Defocus Incorporated Multiple Segments) permettent à la fois de corriger la vision et de freiner la progression de la myopie. Elles intègrent, en périphérie du verre, des microlentilles ou micro‑segments créant un défocus myopique relatif sur la rétine périphérique. Ce signal optique envoie un message « stop » à la croissance axiale du globe oculaire. En pratique, ces verres ralentissent l’allongement axial d’environ 50 à 67 % selon les études, réduisant ainsi la progression de la myopie sur plusieurs années », explique l’ophtalmologiste. Il poursuit, « de nouvelles générations ont récemment vu le jour. Les verres Stellest 2.0, dotées de la technologie H.A.L.T. MAX (Highly Aspherical Lenslet Target) et disponibles en France depuis deux à trois mois, permettent de doubler le volume de défocalisation lumineuse, ce qui ralentit significativement l’allongement axial par rapport à la première génération H.A.L. De leur côté, les verres Miyosmart IQ, disponibles en France depuis peu, intègrent une conception optimisée, appelée Triple Enhanced Design (DIMS TED), combinant une réduction de la zone centrale claire, une augmentation de la puissance de défocus et un élargissement de la zone de traitement périphérique. Cette évolution permet de couvrir un champ visuel plus large, y compris avec de grandes montures ».

_ Les lentilles freinatrices : « Il s’agit notamment des lentilles souples défocalisantes à port diurne. La nouveauté concerne surtout les lentilles jetables journalières (MiSight), qui bénéficient désormais d’un matériau plus sûr pour la surface oculaire et d’une amélioration de la zone de traitement pour un peu plus d’efficacité. En revanche, aucune innovation notable n’a été observée du côté de l’orthokératologie », clarifie le Pr Sauer.

_ La lumière rouge pulsée : « Les études asiatiques ont montré des résultats particulièrement impressionnants, avec une efficacité nettement supérieure à celle des autres moyens de freination, pour des traitements appliqués deux à trois minutes, une à deux fois par jour. Toutefois, les données récentes soulignent également un profil de sécurité qui interroge : nous ne savons pas encore clairement si ces traitements présentent un risque ou non », explique l’ophtalmologiste

_ L’atropine : « Celle dosée à 0,05 % offre un bon compromis entre efficacité dans la freination de la myopie et absence d’effets indésirables tels que la photophobie ou les difficultés de lecture », souligne le Pr Sauer.

Références

  1. Huang J, Wen D, Wang Q, McAlinden C, Flitcroft I, Chen H et al. Efficacy comparison of 16 interventions for myopia control in children: a network meta-analysis. Ophthalmology. 2016;123(4):697‑708.
  2. Schmidt DC, Hvid‐Hansen A, Jacobsen N, Jakobsen TM, Larsen PM, Lindblad KK et al. Efficacy of interventions for myopia control in children: a systematic review with network meta‐analyses. Acta Ophthalmol. 2025;103(8):939‑65.
  3. Ensemble contre la Myopie. Les facteurs de risque de la myopie [en ligne]. [Consulté le 08/06/2026]. Disponible à l’adresse : https://ensemblecontrelamyopie.fr/les-facteurs-de-risque/
  4. Yu X, Wang H, Ma S, Dong Y, Ma Y, Song Y et al. Impact of parental myopia on myopia in schoolchildren and adolescents in China: A national cross-sectional survey. Chin Med J. 2025;138(23):3168‑75.
  5. Voide N, Kaeser PF. Épidémie de myopie en pédiatrie : prise en charge, prévention et traitement. Rev Med Suisse. 2023;19(855):2407‑11.
  6. Najji R, Bullimore M, Resnikoff S, Bron AM, Naudin M, Giraud C et al. The real-world effectiveness of defocus incorporated multiple segments and highly aspherical lenslets on myopia control: a longitudinal study from the French myopia cohort. BMJ Open Ophthalmol. 2025;10(1):e002142.

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